LES GORGES  DE  LA   CHIFFA           Par  Robert MIGOT

LES  GORGES  DE  LA  CHIFFA            Par  M. BERTSCH

Un film de l'OFALAC réalisé en 1949

Les cartes postales de la Chiffa

Un  site avec de nombreuses cartes postales des gorges

 


LES  GORGES   DE   LA CHIFFA

LE RUISSEAU DES SINGES

 Un visiteur célèbre: L'empereur Napoleon III y déjeuna le 12 mai 1865, à son retour de Médéa

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Les gorges de la Chiffa sont un site touristique d'intérêt national et connues du monde entier.

Il était rare qu'avant-guerre les passagers d'un paquebot effectuant une croisière en Méditerranée, avec escale à Alger, ne soient conduits, après la rituelle visite de la Casbah, aux gorges de la Chiffa.

Ils  y  étaient  accueillis  par  une multitude de petits singes braillards, effrontés et voleurs.

C'est par la route nationale n° 1, dite "route du Sud", qu'on atteint les gorges de la Chiffa, situées à 64 km. d'Alger   et   à 5  km.  de Blida.

Elle est encaissée, tortueuse, très étroite par endroit, dominée à droite par de petites collines à pic, toujours recouvertes de verdure et de capillaires, l'eau y suintant toute l'année à travers un sous-sol schisteux. A gauche, la route longe la rive gauche de la Chiffa, oued riche en eau, même en été.

En arrière-plan la ligne de chemin de fer, taillée à même  et à travers le roc, constitue le côté   gauche   des   gorges.   De partout l'eau jaillit et dévale en pittoresques cascades.

Pour les visiteurs ne disposant pas de voitures particulières ou ne participant pas aux croisières organisées par toutes les agences touristiques de France et d'Algérie, deux moyens sont à leur disposition :

... 1° Le train ou la Micheline, au départ d'Alger, changement de voie à Blida, descente à la gare de Sidi-Madani, 2 km. avant les gorges, ou à celle du Camp-des-Chênes, 2 km. après les gorges. Pour les marcheurs il est conseillé de descendre à l'une de ces deux gares, de traverser les gorges à pied, de reprendre le train l'après-midi à l'autre gare (8 km.)

…2° Les Autocars Blidéens, à leur départ d’Alger ou de Blida.

 

Les singes

 

Les singes fréquentant les gorges de la Chiffa, de Sidi-Madani à Camp-des-Chênes, sont des singes communs, sans queue, à fourrure grise ou marron et de la même espèce que ceux qu'on rencontre dans la chaîne de l'Atlas.

C'est en effet une erreur de croire qu'il n'existe en Algérie de singes qu'à la Chiffa. On les retrouve dans toutes les monta­gnes boisées de l'Atlas, du Maroc à la Tunisie (Yakouren, corniche de Bougie, gorges de Palestro, etc., etc...), mais ils fuient le contact de l'homme.

Pour quelles raisons certaines tribus des gorges de la Chiffa font-elles bon ménage avec les hommes ? C'est une question à laquelle on ne peut répondre d'une manière précise, chacun donnant des explications différentes et toutes plausibles. Il est cependant certain que ce contact remonte au début de la con­quête de l'Algérie, car on retrouve dans des textes particuliers de l'époque des histoires de singes rapinant les bivouacs des troupes installées dans la région pour la construction de la route.

En 1900, leur présence est certaine au relais du Ruisseau. On raconte que le premier tenancier en tint longtemps enfermés, puis un jour les lâcha. Ces singes, qui s'étaient parfaitement adaptés à la vie oisive, ne voulurent trouver leur pitance que de la main de l'homme et ne quittèrent plus le relais.

D'autres attribuent leur présence à ce que les premiers propriétaires plantèrent des arbres fruitiers et cultivèrent des légumes (travaux dont on retrouve aujourd'hui des traces).

Les singes prirent l'habitude de venir récolter fruits et légu­mes avant leurs légitimes propriétaires, lesquels ne ripostèrent point par des coups de fusils, comme partout ailleurs. De là naquit une solide amitié.

Peu importe la cause originelle de ce contact, il est aujour­d'hui un fait : Deux tribus de singes et, seulement deux, se lais­sent approcher des humains et fréquentent les gorges de la Chiffa, alors que tout près d'elles, sur le pic de Mouzaïa-les-Mines et dans les forêts boisées du Camp-des-Chênes, il existe des centaines de singes absolument sauvages.

 

La vie des singes

 

Les singes, qu'ils soient quasi-domestiques ou sauvages, vivent en famille "en tribus". C'est-à-dire qu'un certain nombre d'entre eux (de 20 à 50 ans), obéissent à un chef, un mâle, qui a su imposer par la force sa volonté, protège les femelles et les jeunes singes, crie le rassemblement en cas de danger et livre personnellement bataille à tout autre singe étranger à la tribu qui s'en approche. Ces combats sont souvent mortels.

Les tribus sauvages se partagent le territoire boisé, s'y ébattent en toute tranquillité car elles placent plusieurs guet­teurs chargés d'avertir, par des cris perçants, immédiatement retransmis, de l'arrivée d'ennemis (hommes, animaux ou autres singes surtout).

La tribu alertée se replie et, si besoin est, livre combat. Les chacals, par exemple, ne peuvent vivre dans un endroit où il y a des singes, ceux-ci se rassemblant pour les tuer.

 

Las singes d'Algérie n'attaquent jamais l'homme, mais se défendent terriblement si l'homme essaie de les capturer. La capture d'un jeune singe n'est possible que s'il est seul, ce qui est rare. Les indigènes du pays les capturent au lacet. Le pic de Mouzaïa-les-Mines est le grand ravitailleur en singes de l'Institut Pasteur. En effet, ces animaux présentent avec l'homme, sur le plan biologique et reproductif, de grandes analogies. Les singes sont essentiellement herbivores et fructivores ; ils ne se nourrissent que de bourgeons, herbes et fruits. Capturé jeune, un singe s'alimente exactement comme un homme.

Les femelles ne produisent qu'une fois l'an, après une gestation de cinq à six mois.

Elles n'ont qu'un seul enfant et si par hasard elles donnent deux jumeaux, un des deux nouveau-nés meurt quasi-immédiatement.

Elles allaitent leurs petits et les conservent tantôt sur la poitrine, tantôt sur le dos, jusqu'à l'âge de cinq à six mois, épo­que où tous les enfants d'une même tribu (car toutes les mères produisent dans la même quinzaine) sont confiés à la garde d'une seule femelle ou d'un seul mâle. Domestiquées ou sauva­ges, les femelles ne font jamais de nid ou d'abri.

Les jeunes singes, à partir d'un an, sont sous la garde du chef de tribu. Ils ne sont adultes que vers l'âge de six ans.

Les singes fréquentant les hommes dans la région des gorges de la Chiffa sont devenus des singes mendiants, répu­gnant l'effort, ayant perdu le sens de la discipline et ne se res­pectant les uns des autres qu'en fonction de leur force.

Il est courant qu'un mâle ou une femelle batte un jeune singe moins fort pour l'empêcher de s'approcher du lieu de distribution des cacahuètes, à seule fin de se réserver pour lui seul toutes les provisions, devrait-il en mourir d'indigestion.

Ils vivent dans les arbres et les grottes environnant l'Hôtel, attendant toute la journée les visiteurs et répondant au signal guttural d'un indigène attaché au personnel de l'Hôtel, qu'ils considèrent d'ailleurs comme leur père nourricier.

 

Le Ruisseau-des-Singes

 A l'entrée des gorges de la Chiffa un petit oued traverse la route et se jette dans la Chiffa. Il est universellement connu sous le nom de "Ruisseau-des-Singes". En bordure de la route est installée une auberge dont les terrasses servent de lieu de réunion aux singes de la région.

 

 

Aux temps lointains où les pataches reliaient Blida à Médéa, cette auberge existait et servait de relais aux équipages. Les pataches disparurent, l'auberge prospéra, les singes restèrent.

Actuellement, l'Auberge du Ruisseau-des-Singes est une des plus confortables de l'Algérie, rappelant tant par son style que par son servies nos vieilles auberges de France.

Elle est ouverte toute l'année, nuit et jour.

 

Extrait de   BLIDA -Ville des Roses de MM Sebaoun et Linarès

......    On  entre  dans la coupure du mont; on suit la mince rivière, La Chiffa; on s'enfonce dans la gorge étroite, sauvage et boisée.
Partout des sources. Les arbres  gravissent les parois à pic, s'accrochent partout, semblent monter à l'escalade. Le passage se rétrécit  encore. Les rochers  droits vous menacent; le ciel  apparaît comme une bande bleue entre les sommets; puis soudain, dans un brusque détour, une petite auberge se montre à la naissance d'un ravin couvert d'arbres. C'est  l'Auberge du Ruisseau des Singes...

Guy de Maupassant









.....Devant la porte l'eau chante dans les réservoirs; elle s'élance, retombe, emplit ce coin de fraîcheur, fait songer aux calmes vallons suisses. On se repose, on s'assoupit à l'ombre; mais soudain, sur votre tête, une branche remue; on se lève  - alors dans toute l'épaisseur du feuillage c'est une fuite précipitée de singes, des bondissements, des dégringolades, des sauts et des cris.
Il y en a d'énormes et de tout petits , des centaines, des milliers peut être..
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Guy de Maupassant

...L'hiver, lorsque nous avions été sages,mes parents nous emmenanaient au ruisseau des Singes situé dans une petite vallée au milieu de la montagne. des centaines de petits singes à demi sauvages vivaient là. Ils venaient à la rencontre des visiteurs chercher à manger ou jouer avec eux, couraient dans tous les sens. L'endroit était pour nous un véritable paradis. Hélas, pour atteindre cet éden, il fallait parcourir une quarantaine de km en voiture, ...........

...........Lorsque,enfin, nous arrivions au ruisseau des Singes, c'était la libération, le bonheur.

 

Jean Claude Brialy -Le Ruisseau des Singes

 



 

"Le ruisseau des singes est un endroit magique, niché au fond d'une vallée, près de Blida en Algérie. Pour l'atteindre, il fallait parcourir en voiture des kilomètres de route de montagne. Enfant, ce périple me rendait malade... Ce ruisseau est finalement devenu la métaphore de ma vie: se dépasser, se battre pour accéder à un bonheur simple fait de lumière et de douceur... D'autant que mon père, militaire de carrière, s'opposa longtemps à ma vocation de comédien et me répéta tout au long de mon enfance: quand tu seras grand, que tu auras fini tes études, tu feras ce que tu voudras. Et même le singe, si tu veux!"

  Jean-Claude BRIALY - Le Ruisseau des Singes